La commune de Puyvert s`étend entre Durance et Luberon sur pratiquement 1000 hectares. Le relief est aéré, beaucoup de terres sont fertiles.

Dès le XVI e siècle cette commune est à forte majorité protestante.

Pour bien comprendre cette particularité, il est nécessaire de connaître le « mouvement vaudois ››. On peut aborder la vie, les
tragédies et la résistance des Vaudois du Luberon dès que l'on parcourt cette région. Leur histoire est indissociable de ces villages et de ces paysages. A la fin du XIIème siècle, Pierre VALDES, un riche marchand lyonnais est touché par la parole du Christ.
Il va se mettre à prêcher l'Evangile telle que la Bible la proclame. Cette Prédication en langue commune est contestée par
l'Eglise de Rome. Elle entraînera excommunication de Valdés et de son mouvement. En 1184 il est chassé de Lyon avec ses disciples.

Ainsi commence l'extension du mouvement vaudois qui s'étendra sur plus de 8 siècles (de 1175 à nos jours). On suit les traces des
Vaudois grâce aux archives de l'inquisition chargée des les poursuivre. Quand, au XVème siècle, les villages de Provence sont désertés (peste, famine, guerres .... ), les seigneurs passent des Conventions, "Actes d'habitations", avec les Vaudois des vallées alpines (Dauphiné, Piémont). Ceux-ci, bien implantés dans le Luberon, mènent une vie paisible en pratiquant leur Foi précitée par leurs « Barbes ›› (en Provençal : les Oncles). Certains sont déjà dans le Luberon depuis 1490, d'autres depuis l' « Edit de Nantes ›› en 1598.
Dans cette période, l'assimilation des Vaudois par le protestantisme calviniste est achevée.

C'est en 1532 au Synode de Chanforan dans le Piémont que les Vaudois adhérent à la « Réforme ››. Ils lisent les textes bibliques
en français. Les "Pasteurs" ont remplacé les "Barbes". A cette époque les persécutions avaient déjà commencé. On voit de temps en temps un Vaudois arrêté, emprisonné et brûlé vif ! Elles s'intensifient avec l'arrivée de l'Inquisiteur dominicain, Jean de Roma, à Apt jusqu'à atteindre le paroxysrne de l'ignominie avec l' "Arrêté de Mérindol", massacre autorisé en 1545 par le roi François 1er vieillissant et exécuté par le baron Meynier d'Oppède, farouche adversaire des Vaudois. L'expédition massacre, ravage et pille tous les villages protestants de Lourmarin à Mérindol. C'est le plus grand drame du Luberon. Les seuls rescapés se réfugient dans les grottes de la montagne. Ils reviendront peu de temps après, toujours avec leur foi, se réinstaller dans les ruines de leurs demeures hâtivement réparées, se préparant à résister aux envahisseurs de leurs terres. Les guerres de religion commencent en Provence (1560), ces guerres civiles dureront jusqu'à Henri IV et l'horreur du massacre de la Saint Barthélémy le 24 août 1572 puis se calment par la promulgation de l'Edit de Nantes le 13 avril 1598. A ce moment là on dénombre 3500 protestants dans le sud Luberon et seulement 1000 sur le flanc nord.

C'est pourquoi pendant cette période en 1626 que le nouveau village de PUYVERT est créé par les fameuses "8 familles" propriétaires de bastides. Elles sont toutes protestantes, voire vaudoises et viennent toutes de Lourmarin, ll s'agit des familles AGUITTON, BERNARD, CORGIER, FRANC, GOULLIN, PERIN, Frères REY. Il semble que le choix des propriétaires ait été déterminé par la capacité de mobiliser les fonds nécessaires pour répondre aux contraintes imposées par l' "Acte", notamment la construction de grandes bastides et de communs.

Ces bastides, quelquefois de véritables petits hameaux, sont conçues pour abriter une grande famille gouverné par le Patriarche.
La structure familiale était basée sur le modéle féodal : le père de famille, a l'image d'un seigneur détenait tous les pouvoirs de décision dans d'innombrables domaines. Les fils continuent de dépendre de cette autorité, même mariés et ayant à leur tour des enfants, quel que soit leur âge. Ce sont de véritables tribus ou clans implantés dans le Luberon qui font preuve d'une totale cohésion familiale. Il semblerait que les familles vaudoises du Luberon qui ont su maintenir l'exploitation commune de leur patrimoine sans être affaibli par des partages égalitaires entre les fils ont peu à peu constitué une sorte d'aristocratie terrienne.

Cela les rend riches et puissants. On comprend que les familles vaudoises aient pu susciter de l'incompréhension et de la jalousie.
Parallèlement l'administration royale sous le règne de Louis XIV poursuivait son plan d'anéantissement des Protestants. Conversions forcées par des "Missions bottées", dragonnades de sinistre mémoire (1681 › 1685) jusqu'à la "Révocation de l'Edit de Nantes" le 22 octobre 1685. Certains vont choisir l'exil. En 1699, des réfugiés Français, Vaudois originaires du Luberon vont construire en Allemagne au cœur du Bade Wurtemberg « OTISHEIM ›› qui depuis 1994 est jumelée avec PUYVERT et quatre autres communes (lourmarin, Mérindol, Lauris et Puget) La plupart des habitants d'Otisheim portent encore des noms français.
Je prends ici un texte de Michelet évoquant l'exode des Vaudois: "La fuite des Protestants est chose volontaire, c'est un acte
de loyauté et de sincérité, c'est l'horreur du mensonge, c'est le respect de la parole. Il est glorieux pour la nature humaine qu'un si grand nombre d'hommes ait pour ne pas mentir tout sacrifié. On a vu là des sectaires obstinés, j'y vois des gens d'honneur qui ont montré ce qu'est l'élite de la France". Ceux qui sont restés dans le Luberon malgré toutes ces persécutions se réunissent en assemblées secrètes, c'est la période dite du "Désert". Il y a une forte restriction des libertés individuelles, interdiction d'avoir des écoles, interdiction de culte, enterrerements très réglementés d'ou l'apparition des cimetières dits « protestants ›› (l'un d'eux existe toujours à Puyvert dans la famille Aguitton), lls ne peuvent plus exercer certains metiers (santé, droit, notariat) ce qui explique en partie leur orientation vers la banque et le commerce.

En 1787, les Protestants représentent plus de trois quart de la population totale de Puyvert.

"L'Edit de Tolérance" leur accorde un état civil mais ce n'est que le 23 août 1789 que leur sera accordée la liberté de culte. La fin du XVIIIème voit enfin les Protestants, citoyens à part entière, accéder à la Direction des Affaires Politiques dés la révolution.
C'est ainsi qu'en 1791, le premier maire de Puyvert est élu parmi les Protestants, il s'agit de Henry AGUITTON (trisaïeul de Christiane Aguitton, conseiller municipal actuel à Puyvert).

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